"Homes in the city". Ma maison

Et si faire du logement social c'était laisser les gens faire leur choix et prendre leur responsabilité?!

Homes in the City

Depuis maintenant 4 ans, 5 ONG de Bhuj ont décidé de collaborer pour améliorer la qualité de vie dans certaines parties de la ville, en particulier dans les bidonvilles.
Elles ont chacune des compétences spécifiques qu'elles ont réussi à  mettre en synergie pour monter différents programmes ayant trait à :
- La construction / rénovation de logements
- La « gouvernance » (accès à l'information, défense des droits des citoyens, formation de comités de quartier, etc)
- « Livelihood » (moyens d'existence) (la traduction est pas terrible, mais ça permet d'éviter « développement économique »)
- La justice sociale et la violence
- Le développement urbain
- La gestion des déchets
- La gestion de l'eau
- Les installations sanitaires
Et plus généralement le soutien d'initiatives citoyennes.

Je me penche dans cette articles plus spécifiquement sur  le projet de construction et de rénovation de logements dans les bidonvilles.

Les Bidonvilles à Bhuj

On a souvent une vision assez déformée des bidonvilles et de leur réalité physique et sociale.
Il y a une distinction importante à faire entre les bidonvilles des mégapoles indiennes et ceux qu'on peut trouver dans les villes moyennes. Sans être un expert en la matière, je pense que la principale différence vient de la pression démographique et foncière.
Dans les  mégapoles : une population défavorisée importante pour des espaces à occuper très limités.
Dans les villes moyennes : moins de demande et beaucoup plus d'espace (en particulier à Bhuj où la ville est entourée d'espaces inhabités).

En fait, il est souvent difficile de distinguer ce qui est considéré comme « Bidonville », du reste de la ville car les différences physiques sont peu notables. La différence tient simplement au fait que les habitants « occupent un terrain » sans en avoir l'autorisation (qu'il soit privé ou appartenant à la mairie).

Une étude réalisée en 2010 par Abhiyan (ONG de Bhuj ) a identifié 74 quartiers de bidonville dans la ville de Bhuj représentant environ 60 000 personnes (11 000 logements) sur une population totale de 190 000 habitants (Census 2011)

Au delà des problèmes sociaux, de légalisation des terrains, etc, il y a souvent des problèmes de mal logement ou de sécurité des logements, dans cette zone classée zone V sur la carte des risques sismiques (http://en.wikipedia.org/wiki/Earthquake_hazard_zoning_of_India)

Cartes des bidonvilles de Bhuj : 

 

Le programme

Bon j'arrête la rhétorique qui pourrait venir à bout de votre patience pour continuer en image.

3 ONG sont impliquées dans ce programme de logement et travaillent ensemble de manière assez cohérente. Voilà leurs roles et activités :
Hunnarshala : design et  construction
KMVS : developpement d'activites economiques dans les bidonvilles, tres bonne connaissance de la population.
Urban Setu : formation des comités de quartier, information sur les droits des citoyens, etudes demographiques...
 

Photo : Reunion de l'equipe de "Homes in the City"

Le principe est le suivant :

Les ONG ont créé un « fond logement » sur lequel elles prélèvent pour donner des prêts à certaines familles ayant besoin d'améliorer leur condition de logement tout en ayant la capacité de rembourser  leur emprunt. Un taux d'intérêt minimum est appliqué de façon à rembourser les frais de gestion de ce système de micro-credit « tournant ». La famille fait ensuite le choix du type de logement qu'elle souhaite construire, l'unique condition pour obtenir le prêt est de respecter les règles de construction anti-sismique.

 

Les étapes jusqu'à la construction :

1. Chaque mois, un comité regroupant des membres de différents bidonvilles et des ONG se retrouvent pour « sélectionner » les 25 familles qui bénéficieront du programme pour le mois suivant.
La décision d'attribution se fait sur l'évaluation du besoin de la famille, sa stabilité financière, la situation sociale...

Photo : Rencontre des membres du "comité de logement"

 

2. Les familles sélectionnées participent ensuite a une réunion d'information sur le programme où le système d'emprunt est expliqué en détail.
 

Photo :  Reunion d'information avec les familles bénéficiaires du programme au mois d'Octobre.

On y expose les basiques de la construction anti-sismique et les règles qui devront être respectées. Les familles sont aussi encouragées à participer à la construction et à récupérer autant que possible des matériaux de construction à droite et à gauche, pour diminuer les coûts.

3. Une discussion s'entame alors avec chaque famille sur leur projet et les barrières qu'elle rencontre.
Les familles se font aider pour le design de leur projet mais ce sont elles qui trouvent leurs propres entreprises du bâtiment et réalisent les travaux.

Le paiement de l'emprunt se fait en 3 fois, avec à chaque fois un contrôle de l'avancée réelle des travaux.  (fondations, murs puis toiture)

Un exemple en image :  La maison de « Dai Ben Bhimji Koli »

Voila la maison de Daiben avant les travaux

 

Sa famille avait réussi à récupérer des parpaing béton et des pierres calcaires sur différents chantiers de déconstruction. La façade avant sera donc en pierre et l'arrière de la maison en parpaings.

 

 

 

Une petite terrasse couverte pour finir...
La famille a un nouveau toit !

Un autre exemple : une maison en torchis pour Hava Ben Desar koli

Havaben est née paraplégique et vivait dans de très mauvaises conditions dans le bidonville de Bapadalayu Nagar au Nord de Bhuj.
Elle fait partie des quelques familles dont le besoin en logement était considéré comme critique par le « comité de logement » mais qui n'avait pas les moyens de rembourser un emprunt, même minime.

Un fond spécial a été créé pour ce type de situation. Les voisins, des volontaires, etc ont aussi mis la main â la pâte.  Cela a permis de réduire le coût de construction a environ 250 Rs par sq f. (40 Euros / m2) et de construire une dizaine de maisons de ce genre. (au lieu de 120 Euros / m2 pour une maison plus classique)

Les poteaux porteurs sont en béton armé préfabriqué et le reste de la structure est en bois d'Eucalyptus. Le remplissage des parois se fait avec des branche de coton séchées, avant d'y appliquer un mélange de terre, de paille et de bouse. (un torchis local!)

Les fenêtre sont basses pour que Havaben puisse les ouvrir sans effort.

Et voilà le résultat après que l'enduit soit posé!